Observatoire de la coloration capillaire sans produits chimiques
L'essentiel. « Sans produits chimiques » renvoie à la coloration végétale : des poudres de plantes tinctoriales (henné, indigo, cassia) qui gainent la fibre sans PPD, sans résorcinol, sans ammoniaque ni oxydant. Ces mêmes substances caractérisent au contraire les colorations oxydantes permanentes, qui concentrent l'essentiel des signalements graves de la cosmétovigilance française (ANSES, 2026) et représentent encore 70 à 80 % du marché européen. Pour trancher, un seul réflexe fiable : lire la liste INCI et vérifier la présence d'un label tiers indépendant comme COSMOS — « naturel » ou « au henné » imprimé sur la façade n'est pas une garantie.
Cet Observatoire de la coloration capillaire sans produits chimiques réunit, en un seul document, les données publiques vérifiées qui structurent aujourd'hui le débat sur la coloration des cheveux : les signaux de cosmétovigilance des autorités sanitaires, l'encadrement réglementaire européen, l'état des connaissances toxicologiques sur les principales substances en cause, et la mutation du marché vers les alternatives naturelles certifiées. Son objectif est volontairement limité et assumé : offrir une référence factuelle, sourcée et citable telle quelle, à l'attention des consommateurs qui cherchent à comprendre ce qu'ils s'appliquent sur le cuir chevelu, des professionnels de la coiffure exposés au quotidien, et des journalistes qui couvrent le sujet.
Chaque chiffre avancé ici provient d'une source primaire — agence sanitaire, règlement européen, étude scientifique publiée ou organisme de certification — citée à la fois dans le texte et dans la section Sources finale. Lorsqu'une donnée appelle une nuance d'interprétation (association statistique plutôt que lien de cause à effet, sondage déclaratif plutôt que comportement mesuré), cette nuance est explicitée. Rien n'y est extrapolé.
Ce que vous trouverez dans cet observatoire
- Les chiffres-clés en un coup d'œil, dans un tableau sourcé.
- Une mise au point pédagogique sur les trois grandes familles de coloration (oxydante permanente, directe semi-permanente, végétale).
- Le revers santé de la coloration chimique : signalements ANSES, allergie à la PPD, résorcinol, et la question du cancer du sein.
- Le « faux naturel » : la coloration d'oxydation « aux extraits végétaux » et le picramate de sodium.
- Un guide pour lire une étiquette INCI de coloration.
- La bascule du marché vers le naturel et ce que recouvre — ou non — une allégation.
- Le cadre réglementaire européen et la certification COSMOS.
- La méthodologie et la liste complète des sources.
En bref : les chiffres-clés
Les données ci-dessous proviennent toutes de sources primaires. Elles sont reprises et détaillées dans les sections suivantes.
| Donnée | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Signalements d'effets indésirables liés aux colorations/décolorations capillaires (cosmétovigilance française, 2019-2025) | 124 (soit 6 % des déclarations reçues) | ANSES, VigilAnses n°28 (2026) |
| Part de ces signalements concernant les colorations oxydantes | 91 % (n=113) | ANSES, VigilAnses n°28 (2026) |
| Cas liés aux colorations oxydantes jugés graves | 63 % (n=71), contre 36 % pour l'ensemble de la cosmétovigilance | ANSES, VigilAnses n°28 (2026) |
| Prévalence de l'allergie de contact à la PPD (population générale européenne) | 0,8 % (IC 95 % : 0,6-1,0 %) | Diepgen et al., 2016 |
| Sensibilisation à la PPD chez les coiffeurs (exposition professionnelle) | jusqu'à 21,3 % | Contact Dermatitis (PMC), 2022 |
| Concentration maximale de PPD autorisée (mélange prêt à l'emploi) | 2 % | Règlement (CE) n°1223/2009, Annexe III |
| Coloration permanente régulière et risque de cancer du sein (association, pas causalité) | +9 % (toutes femmes) ; +7 % (blanches) ; +45 % (afro-américaines) | Sister Study (NIH/NIEHS), Eberle et al., 2019 |
| Part des colorations permanentes (oxydantes) sur le marché européen | 70 à 80 % | Commission européenne |
| Marché français des cosmétiques bio/naturels (2024) | ~1,1 Md€ (+~5 %/an) | Xerfi, octobre 2024 |
| Produits certifiés COSMOS dans le monde (janvier 2026) | 31 100+, dans 80 pays | COSMOS / Ecocert |
| Picramate de sodium (colorant de synthèse) : plafond légal — mais exclu de COSMOS | ≤ 0,6 % | Annexe III / COSMOS v4.1 |
Comprendre les types de coloration
Sous le mot unique « coloration » se cachent des technologies très différentes, qui ne colorent pas de la même manière, ne contiennent pas les mêmes ingrédients et ne posent pas les mêmes questions de tolérance. Distinguer ces familles est le préalable à toute lecture éclairée d'une étiquette.
La coloration oxydative permanente
C'est la famille la plus répandue. La couleur ne préexiste pas dans le tube : elle se forme à l'intérieur de la fibre capillaire par une réaction chimique d'oxydation. Concrètement, l'utilisateur mélange deux produits avant application — un colorant et un révélateur. Le révélateur contient un oxydant, généralement le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée). Le colorant apporte des précurseurs (de petites molécules incolores, dont la paraphénylènediamine, ou des coupleurs comme le résorcinol) et un agent alcalin, souvent l'ammoniaque, qui ouvre les écailles de la cuticule pour laisser pénétrer les précurseurs. Sous l'effet de l'oxydant, ces précurseurs se combinent en gros pigments piégés au cœur du cheveu. Résultat : une couleur durable, capable de couvrir les cheveux blancs et d'éclaircir, mais obtenue au prix d'une chimie réactive appliquée au contact du cuir chevelu.
La coloration directe semi-permanente
Ici, pas de réaction d'oxydation : les pigments sont déjà colorés et se déposent à la surface ou dans les couches externes du cheveu, sans le transformer en profondeur. On parle de colorants directs. La tenue est plus courte (la couleur s'estompe au fil des lavages) et le pouvoir couvrant plus limité. Cette catégorie regroupe des molécules très diverses, d'origine synthétique pour la plupart. Le picramate de sodium, examiné plus loin, appartient à cette famille des colorants directs : c'est un point important, car on le retrouve parfois ajouté à des produits présentés comme « naturels ».
La coloration végétale
La coloration végétale repose sur des poudres de plantes tinctoriales — henné (Lawsonia inermis), indigo, et des plantes de nuançage comme la cassia ou la garance. Les pigments végétaux gainent la fibre et s'y fixent par affinité, sans oxydant ni agent alcalin de synthèse. Le mode d'action est donc fondamentalement différent : on dépose une couleur, on ne la fabrique pas par réaction chimique dans le cheveu. Cette approche n'éclaircit pas — elle ne peut que foncer ou nuancer — et se passe, par construction, de précurseurs d'oxydation et d'oxydants.
En pratique, elle demande davantage de méthode qu'une coloration en tube. Les poudres se préparent à l'eau chaude, autour de 60-65 °C (un thermomètre aide à viser la bonne plage), avec un temps de pose qui va d'environ 30 à 60 minutes pour couvrir les cheveux blancs à 1 h-1 h 30 pour des reflets cuivrés soutenus. Le rinçage se fait à l'eau claire, sans shampooing, et la couleur définitive se révèle sous 48 heures, le temps que les pigments s'oxydent naturellement à l'air ; les racines se retouchent ensuite toutes les 4 à 6 semaines, au rythme de la pousse (environ 1 cm par mois). Attention toutefois : « végétal » n'est pas un terme protégé en soi — seule une certification indépendante garantit l'absence de colorant de synthèse ajouté, comme on le verra avec le picramate.
Le revers santé de la coloration chimique
En avril 2026, l'ANSES a consacré un bulletin de son dispositif de cosmétovigilance aux produits de coloration et de décoloration capillaires. Sur la période 2019-2025, l'agence a enregistré 124 déclarations d'effets indésirables liés à ces produits, soit 6 % de l'ensemble des déclarations reçues par le dispositif. Les déclarants se répartissent entre consommateurs, responsables de la mise sur le marché et professionnels de santé.
Le bulletin établit une distinction nette selon le type de produit. 91 % de ces déclarations concernent les colorations oxydantes (n=113) — c'est-à-dire les colorations permanentes dont la couleur se forme par oxydation. Les effets rapportés sont concrets et parfois lourds : brûlures du cuir chevelu, œdèmes du visage, eczéma, démangeaisons, réactions au niveau des yeux, troubles respiratoires. Surtout, 63 % des cas liés aux colorations oxydantes ont été jugés graves (n=71) — au sens d'une incapacité fonctionnelle temporaire ou permanente, ou d'une hospitalisation — contre 36 % pour l'ensemble des cas de cosmétovigilance, toutes catégories de produits confondues. Autrement dit, lorsqu'un effet indésirable lié à une coloration oxydante est déclaré, il est proportionnellement bien plus souvent grave que la moyenne des incidents cosmétiques.
Ces chiffres sont des signaux de cosmétovigilance : des cas spontanément déclarés, et non une mesure de la fréquence réelle des accidents rapportée au nombre d'utilisateurs. Ils ne disent pas « X % des personnes qui se colorent auront un problème ». Ils indiquent en revanche, de manière documentée, que les colorations oxydantes concentrent l'essentiel des signalements graves de cette catégorie.
La PPD, principal allergène des colorations oxydantes
La paraphénylènediamine (PPD) est l'un des précurseurs colorants de référence des colorations permanentes. C'est aussi un allergène de contact reconnu (référencé dans la European Baseline Series des tests épicutanés), dont la sensibilisation, une fois installée, est durable. Plusieurs ordres de grandeur permettent de situer le risque selon les populations :
- Dans la population générale européenne, l'étude de référence de Diepgen et al. (Journal of Investigative Dermatology, 2016 — enquête transversale menée dans cinq pays européens, 10 425 sujets interrogés, 2 739 patch-testés) estime la prévalence de l'allergie de contact à la PPD à 0,8 % (intervalle de confiance à 95 % : 0,6 à 1,0 %).
- Rapportées spécifiquement aux réactions cliniques aux teintures capillaires, les estimations descendent autour de 0,1 %.
- Le tableau change radicalement dans certains contextes d'exposition. Les tatouages temporaires au « henné noir » — qui contiennent en réalité de la PPD à forte concentration, hors cadre cosmétique — sont associés à une sensibilisation d'environ 3,2 %.
- Chez les patients déjà atteints de dermatite de contact, la prévalence de sensibilisation à la PPD atteint une médiane de 4 % (fourchette 2 à 6 %).
- Enfin, chez les coiffeurs, exposés de façon répétée et prolongée, les taux de sensibilisation peuvent grimper jusqu'à 21,3 %. C'est l'illustration d'un risque occupationnel : ce n'est pas la même chose de se colorer chez soi quelques fois par an et de manipuler des colorations à longueur de journée.
Compte tenu de ce potentiel sensibilisant, l'usage de la PPD est strictement encadré. L'Annexe III du Règlement (CE) n°1223/2009 plafonne sa concentration à 2 % maximum (exprimée en base libre, dans le mélange prêt à l'emploi), assortie de mentions d'avertissement obligatoires sur l'emballage, dont « Peut provoquer une réaction allergique ». En cas d'antécédent de réaction à une coloration, ou après un tatouage temporaire au « henné noir », un avis dermatologique est recommandé avant toute nouvelle application — et un test préalable reste la règle.
Le résorcinol dans le viseur réglementaire
Le résorcinol (ou résorcine) est un coupleur fréquemment associé aux colorations oxydantes, où il participe à la construction des nuances. Il fait aujourd'hui l'objet d'un examen réglementaire approfondi au niveau européen. Dans le cadre d'une consultation publique ouverte le 20 janvier 2025, l'ANSES a proposé de classer le résorcinol comme perturbateur endocrinien pour la santé humaine, catégorie 1 (mention de danger EUH380), au titre du règlement européen CLP, en raison notamment d'effets observés sur la thyroïde. Il s'agit à ce stade d'une proposition soumise à la procédure d'examen européenne : son adoption éventuelle, et ses conséquences sur l'autorisation du résorcinol en cosmétique, relèvent d'une décision ultérieure des instances européennes. Ce point illustre une dynamique de fond : des substances longtemps banalisées font l'objet d'une réévaluation à la lumière des connaissances sur les perturbateurs endocriniens.
Coloration permanente et cancer du sein : une association, pas une causalité
La question d'un lien entre coloration et cancer revient régulièrement dans le débat public. Sur ce point, la prudence méthodologique est non négociable. La Sister Study, vaste cohorte américaine du NIH/NIEHS portant sur 46 709 femmes (Eberle et al., 2019, relayée par l'American Cancer Society), a observé que l'usage régulier de teinture permanente était associé à un risque de cancer du sein supérieur de 9 % toutes femmes confondues. L'association variait selon les groupes : environ +7 % chez les femmes blanches et jusqu'à +45 % chez les femmes afro-américaines.
Cette précision doit accompagner systématiquement ces chiffres : il s'agit d'une association statistique, et non d'une preuve de causalité. Une étude observationnelle de ce type met en évidence une corrélation entre un comportement et un risque, mais ne démontre pas que la coloration soit à l'origine du cancer ; d'autres facteurs peuvent intervenir. Les auteurs, comme l'American Cancer Society, appellent d'ailleurs à la prudence d'interprétation. Pour toute question personnelle de risque, l'avis d'un médecin reste la référence.
Le « faux naturel » : quand le « végétal » n'en est pas
« Naturel », « d'origine naturelle », « aux extraits végétaux », « inspiré de la nature », « au henné »... ces mentions fleurissent sur les emballages, mais aucune n'est, en soi, un terme réservé ni une garantie d'absence de chimie d'oxydation. Deux formes de confusion reviennent particulièrement, et il est utile de les distinguer clairement d'une véritable coloration végétale.
Cas n°1 — la coloration d'oxydation « aux extraits végétaux »
C'est la confusion la plus répandue. Une coloration d'oxydation classique — avec ses précurseurs colorants (de type paraphénylènediamine), ses coupleurs (de type résorcinol), son agent alcalin et son oxydant — se voit enrichie de quelques extraits de plantes (camomille, aloe vera, thé vert...). Le produit est alors mis en avant comme « aux extraits végétaux », « d'origine naturelle », parfois simplement « végétal ».
Or, sur le plan technique, la couleur continue d'être fabriquée par la réaction d'oxydation, exactement comme décrit plus haut. L'extrait végétal y joue un rôle cosmétique accessoire — soin, parfum, argument de vente — mais pas un rôle colorant. Ajouter une plante à une coloration d'oxydation ne change pas sa nature : cela reste une coloration chimique, avec le même profil d'ingrédients (PPD, résorcinol, ammoniaque, peroxyde) et donc les mêmes questions de tolérance détaillées dans la partie santé de cet observatoire.
La distinction de fond est simple. Une coloration végétale au sens strict tire toute sa couleur des pigments de plantes tinctoriales, sans précurseur d'oxydation ni oxydant. Une coloration « aux extraits végétaux » reste, elle, une coloration d'oxydation : la présence d'extraits de plantes ne la fait pas basculer dans la catégorie végétale. Les allégations cosmétiques sont certes encadrées par le Règlement (UE) n°655/2013, qui exige notamment qu'une allégation soit véridique, étayée et n'induise pas le consommateur en erreur ; mais les mots « végétal » et « naturel » n'y reçoivent pas de définition unique et opposable. Le seul repère objectif reste donc la liste INCI, complétée par la présence d'un label tiers. Si l'INCI mentionne les marqueurs d'une chimie d'oxydation — détaillés dans la section suivante —, le produit est une coloration d'oxydation, quelles que soient les plantes affichées sur la façade.
Cas n°2 — le colorant de synthèse glissé dans le « henné » : le picramate de sodium
La seconde forme est plus discrète : un colorant de synthèse parfaitement légal, ajouté à un produit présenté comme « au henné » ou « naturel ». Le cas le mieux documenté est celui du picramate de sodium.
Sa nature chimique. Le picramate de sodium (INCI Sodium Picramate, CAS 831-52-7) est un colorant de synthèse. C'est le sel de l'acide picramique, lui-même un dérivé dinitrophénol (le 2-amino-4,6-dinitrophénol). La base européenne d'ingrédients COSMILE Europe le classe explicitement comme « Synthetic ». Ce n'est donc en aucun cas un pigment végétal : c'est un colorant direct issu de la chimie de synthèse.
Son usage. On le retrouve ajouté à certaines colorations dites « au henné » ou « naturelles » pour deux raisons : apporter des reflets rouges à bordeaux et raccourcir le temps de pose. Sa présence dans une liste d'ingrédients est donc un indice clair : un produit qui contient du picramate de sodium n'est pas du henné pur, quelle que soit la mise en avant marketing du mot « naturel ».
Son encadrement réglementaire. Le picramate de sodium est autorisé mais restreint. Il figure à l'Annexe III du Règlement (CE) n°1223/2009 (entrée 280, introduite par la directive 2012/21/UE), avec une concentration maximale de 0,6 % sur la tête (en usage non oxydatif). L'avis du Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS/1227/10, 2010) a conclu que cette concentration de 0,6 % était sans risque en formulation non oxydative.
Ce que dit — et ne dit pas — la science. Le profil de sécurité doit être présenté avec exactitude, sans dramatisation ni minimisation. Le picramate de sodium est un sensibilisant cutané (test LLNA, EC3 de 6,7 %). Il s'est révélé mutagène in vitro (test d'Ames positif), mais négatif lors des tests in vivo (micronoyau, UDS, aberrations chromosomiques) — ce qui a conduit le SCCS à conclure à l'absence de potentiel génotoxique in vivo. Enfin, aucune donnée de cancérogénicité n'a été soumise : il serait donc faux et infondé de le qualifier de « cancérigène ». La formulation rigoureuse est : un colorant de synthèse, sensibilisant cutané, sans potentiel génotoxique démontré in vivo, autorisé à 0,6 %.
L'exclusion COSMOS. Le référentiel COSMOS fonctionne en liste positive (Annexe V de son standard) : seuls les colorants explicitement admis peuvent être utilisés (voir la liste plus bas). Le picramate de sodium n'y figure pas : il est donc de fait exclu. Un produit certifié COSMOS ne peut pas contenir de picramate de sodium — c'est le garde-fou objectif qui sépare un produit réellement sans colorant de synthèse d'un produit simplement présenté comme naturel.
Comment lire l'étiquette d'une coloration
La liste INCI (nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques) est obligatoire sur tout produit cosmétique vendu dans l'Union européenne. Elle constitue l'outil le plus fiable dont dispose le consommateur, à condition de savoir y repérer quelques marqueurs. Les ingrédients suivants signalent une chimie d'oxydation :
- Ammonia (ammoniaque) ou des agents alcalins équivalents : l'ouvre-cuticule des colorations permanentes.
- p-Phenylenediamine (PPD), ainsi que ses apparentés comme le Toluene-2,5-Diamine : les précurseurs colorants, principaux allergènes.
- Resorcinol : le coupleur sous examen réglementaire (voir plus haut).
- Hydrogen Peroxide (peroxyde d'hydrogène / eau oxygénée) : l'oxydant du révélateur.
- Sodium Picramate : le colorant de synthèse à repérer dans les produits « henné » ou « naturels » qui n'en sont pas.
Deux principes de lecture méritent d'être retenus. D'abord, les ingrédients sont listés par ordre décroissant de concentration (au-dessus de 1 %), ce qui donne une idée de la place réelle de chaque substance. Ensuite, et surtout : la mention « naturel », « d'origine naturelle » ou « au henné » n'est pas une certification. Ce sont des allégations libres, non contrôlées par un tiers indépendant tant qu'aucun label ne les accompagne. Un produit peut afficher « naturel » en grand sur sa façade et contenir, dans sa liste INCI, un colorant de synthèse comme le picramate de sodium. Seule la présence d'un logo de certification (COSMOS, contrôlé par un organisme tiers tel qu'Ecocert) engage un cahier des charges vérifié. En résumé : on croit la liste INCI et le label, pas l'argument marketing imprimé en gros caractères.
La bascule des consommateurs vers le naturel
Le marché reste aujourd'hui dominé par la chimie d'oxydation. Selon la Commission européenne, les colorations permanentes (oxydantes) représentent 70 à 80 % des produits de coloration capillaire en Europe. C'est le point de départ : la technologie historique occupe encore la très grande majorité du marché.
Mais la demande se déplace. Le marché français des cosmétiques bio et naturels a atteint environ 1,1 milliard d'euros en 2024, avec une croissance d'environ 5 % par an (Xerfi, octobre 2024), une dynamique qui le projette au-delà de 1,2 milliard d'euros à l'horizon 2026. Cette progression traduit un mouvement de fond : la composition des produits est devenue un critère d'achat, et la naturalité un argument structurant.
Du côté des perceptions, un sondage IFOP de février 2024, relayé par la presse spécialisée, indique que 7 Français sur 10 déclareraient privilégier un cosmétique naturel au moins une fois par semaine. Ce chiffre doit être lu avec un caveat important : il s'agit d'un sondage déclaratif, qui mesure une intention ou une perception et non un comportement d'achat réellement observé. Il indique une attente forte du public, pas une part de marché. Pris ensemble, ces indicateurs dessinent toutefois une tendance cohérente : un marché encore très majoritairement oxydant, mais traversé par une demande croissante et durable d'alternatives naturelles certifiées.
Réglementation européenne et certification COSMOS
Il faut distinguer deux niveaux d'exigence : le socle réglementaire obligatoire, commun à tous les produits, et la certification volontaire, qui ajoute un cahier des charges contrôlé par un tiers.
Le socle obligatoire : le Règlement (CE) n°1223/2009
En Europe, tous les produits cosmétiques relèvent du Règlement (CE) n°1223/2009, cadre juridique de référence. Celui-ci organise notamment deux listes : l'Annexe II recense les substances interdites, et l'Annexe III les substances restreintes, c'est-à-dire autorisées sous conditions (type de produit, concentration maximale prête à l'emploi, parties du corps, avertissements obligatoires). C'est ce cadre qui plafonne la PPD à 2 %, qui encadre le peroxyde d'hydrogène et le picramate de sodium, et qui encadrera, le cas échéant, le résorcinol. Le règlement impose également l'étiquetage INCI complet et rend le fabricant responsable de la sécurité de chaque ingrédient, via un dossier d'information sur le produit ; la Commission peut saisir le SCCS pour réévaluer une substance. Ce socle est protecteur, mais il définit un plancher de conformité : un produit parfaitement légal peut contenir de l'ammoniaque, de la PPD et un colorant de synthèse.
Le niveau supérieur : la certification COSMOS
Au-delà de ce socle, des labels privés ajoutent un niveau d'exigence vérifié. Le standard COSMOS est géré par une association internationale indépendante à but non lucratif (COSMOS-standard AISBL, Bruxelles), et la certification est délivrée en France par des organismes tiers comme Ecocert. En janvier 2026, on dénombrait plus de 31 100 produits certifiés COSMOS dans 80 pays.
Ce que COSMOS contrôle va bien au-delà d'une allégation « naturel » libre :
- Au minimum 95 % des ingrédients d'origine végétale doivent être issus de l'agriculture biologique. Cette précision est cruciale et souvent mal comprise : il s'agit de 95 % des ingrédients végétaux, et non de 95 % de la formule totale (l'eau et les minéraux, qui ne sont pas issus de l'agriculture, ne sont jamais comptés comme « bio »).
- Une liste positive d'ingrédients et de colorants admis (par exemple carmin, oxydes d'origine végétale, caramel, poudre de coquille d'huître). Tout ce qui n'y figure pas est exclu — c'est le mécanisme qui écarte le picramate de sodium.
- L'exclusion des parabens, du phénoxyéthanol, des parfums et colorants de synthèse, des OGM.
- Une teneur en composants pétrochimiques (petrochemical moieties) plafonnée à 2 % du produit fini.
La différence de fond est donc la suivante : l'allégation « naturel » est une promesse libre du fabricant ; la certification COSMOS est un engagement vérifié par un organisme indépendant contre un référentiel public. C'est cette vérification tierce qui transforme une promesse marketing en garantie opposable.
Questions fréquentes
Coloration « sans produits chimiques » : qu'est-ce que ça veut dire ?
L'expression désigne en pratique la coloration végétale : des poudres de plantes tinctoriales (henné, indigo, cassia) qui gainent la fibre par affinité, sans précurseur d'oxydation comme la PPD, sans coupleur comme le résorcinol, sans ammoniaque ni oxydant. Elle s'oppose aux colorations oxydantes permanentes, dont la couleur se forme par une réaction chimique à l'intérieur du cheveu. La contrepartie du végétal : il ne peut que foncer ou nuancer, jamais éclaircir.
Les colorations oxydantes présentent-elles des risques ?
Selon le bulletin VigilAnses n°28 de l'ANSES (avril 2026), 91 % des déclarations d'effets indésirables liées aux colorations capillaires concernent les colorations oxydantes, et 63 % des cas liés à ces produits ont été jugés graves, contre 36 % pour l'ensemble de la cosmétovigilance. Par ailleurs, la Sister Study (46 709 femmes, 2019) a observé une association statistique entre usage régulier de teinture permanente et risque de cancer du sein (+9 %), sans qu'une causalité soit établie. En cas d'antécédent d'allergie ou de réaction cutanée, l'avis d'un médecin ou d'un dermatologue est recommandé.
Une coloration « au henné » ou « aux extraits végétaux » est-elle forcément naturelle ?
Non. Une coloration d'oxydation classique (précurseurs de type PPD, coupleurs de type résorcinol, agent alcalin et oxydant) peut être enrichie d'extraits de plantes et mise en avant comme « aux extraits végétaux » : la couleur y est toujours fabriquée par oxydation, l'extrait ne joue qu'un rôle accessoire. De même, un colorant de synthèse comme le picramate de sodium (dérivé dinitrophénol, autorisé jusqu'à 0,6 %) est parfois ajouté à des produits dits « au henné » pour des reflets rouges. Les mots « végétal » et « naturel » n'étant pas des termes réservés, le seul réflexe fiable est de lire la liste INCI et de vérifier la présence d'un label tiers.
Qu'est-ce que garantit la certification COSMOS ?
Le label COSMOS, contrôlé en France par Ecocert, impose qu'au minimum 95 % des ingrédients d'origine végétale soient issus de l'agriculture biologique (95 % des ingrédients végétaux, pas de la formule totale), fonctionne en liste positive et exclut les parabens, le phénoxyéthanol, les parfums et colorants de synthèse — dont le picramate de sodium. En janvier 2026, plus de 31 100 produits étaient certifiés COSMOS dans 80 pays.
Comment repérer une coloration chimique sur l'étiquette INCI ?
Plusieurs ingrédients signalent une chimie d'oxydation : Ammonia (ammoniaque), p-Phenylenediamine (PPD) et apparentés comme Toluene-2,5-Diamine, Resorcinol, Hydrogen Peroxide (eau oxygénée) et Sodium Picramate (colorant de synthèse). Les mentions « naturel » ou « au henné » ne sont pas des certifications : seule la présence d'un label tiers comme COSMOS (contrôlé par Ecocert) garantit un cahier des charges vérifié.
Méthodologie
Cet observatoire ne produit aucune donnée originale : il agrège des données publiques issues de sources primaires (agences sanitaires ANSES et SCCS, Règlement (CE) n°1223/2009 et base CosIng de la Commission européenne, études scientifiques publiées et indexées, référentiel COSMOS et organisme certificateur Ecocert, bases d'ingrédients COSMILE Europe et Cosmetics Info, Règlement (UE) n°655/2013 sur les allégations cosmétiques). Chaque chiffre est rattaché à sa source dans la section ci-dessous. Les données de sondage et de marché sont signalées comme telles, avec leurs limites d'interprétation. Les associations statistiques ne sont jamais présentées comme des relations de cause à effet. Dernière mise à jour : 29 juin 2026. Ce document est librement citable, sous réserve de mentionner la source.
Sources
- ANSES, bulletin VigilAnses n°28 (avril 2026) — 124 signalements 2019-2025, 91 % colorations oxydantes, 63 % de cas graves. anses.fr
- Diepgen T.L. et al., « Prevalence of Contact Allergy to p-Phenylenediamine in the European General Population » (0,8 %), J. Invest. Dermatol., 2016. pubmed
- Mukkanna K.S. et al., « Para-phenylenediamine allergy: current perspectives » (sensibilisation 4 % chez patients dermatite ; coiffeurs jusqu'à 21,3 %), Clin. Cosmet. Investig. Dermatol., 2017 / Contact Dermatitis, 2022. PMC5261844 · PMC9301993
- Règlement (CE) n°1223/2009, Annexe III — PPD plafonnée à 2 % ; picramate de sodium entrée 280 (max 0,6 %). CosIng Annexe III
- ANSES, proposition de classification du résorcinol (perturbateur endocrinien cat.1, EUH380, CLP), consultation ouverte le 20 janvier 2025. anses.fr
- Eberle C.E. et al. (Sister Study, NIH/NIEHS, 46 709 femmes ; +9 % / +7 % / +45 %), 2019, via American Cancer Society. cancer.org
- Commission européenne — colorations permanentes = 70 à 80 % du marché européen. ec.europa.eu
- COSMOS / Ecocert — min 95 % des ingrédients végétaux bio ; exclusion des colorants de synthèse ; 31 100+ produits dans 80 pays (janv. 2026). ecocert.com · cosmos-standard.org
- Xerfi, Le marché des cosmétiques bio et naturels (octobre 2024) — ~1,1 Md€, +~5 %/an.
- Sondage IFOP, février 2024 (7 Français sur 10), relayé par la presse spécialisée.
- SCCS/1227/10, Opinion on picramic acid and sodium picramate (2010) — sensibilisant cutané, mutagène in vitro / négatif in vivo, sans risque à 0,6 % (non-oxydatif). health.ec.europa.eu
- COSMILE Europe — fiche Sodium Picramate (origine : Synthetic ; colorant capillaire ; Annexe III). cosmileeurope.eu
- Cosmetics Info (CIR) — Sodium Picramate (usage en colorations henné/semi-permanentes). cosmeticsinfo.org
- COSMOS-standard, Criteria Version 4.1 (1er mars 2024) — liste positive (Annexe V) excluant les colorants de synthèse ; ≤ 2 % de composants pétrochimiques. cosmos-standard.org
- Règlement (UE) n°655/2013 de la Commission — critères communs pour la justification des allégations relatives aux produits cosmétiques (véracité, éléments probants, honnêteté, équité, choix éclairé). eur-lex.europa.eu
À propos de Tresse Paris
Tresse Paris est une marque française de coloration capillaire végétale, fondée en 2021. Ses formules reposent sur des poudres de plantes tinctoriales dont les ingrédients végétaux sont issus à 95 % de l'agriculture biologique (certification COSMOS Organic contrôlée par Ecocert), sans ammoniaque, sans PPD, sans résorcine et sans agent oxydant, dans le cadre du Règlement (CE) n°1223/2009. La marque publie cet observatoire dans une logique de transparence et d'éducation.
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